A moi Circé !

À moi Circé ! 2000-2001

“Animals open up a depth in me that is both attractive and familiar. I know this depth, in a sense, as it is mine. It is what was taken from me so long ago. I don’t know what, of the soft, secret and painful in these dark animals prolongs the intimacy of a glow that watches over us.” George Bataille. The theory of religion.

Circe the enchantress incarnates the archetypal wild woman, clear-sighted, terrifying and sublime, with the powers to transform. To embody the sorceress, is wishing to take on this multiplicity of faces and by doing so, to open up to the many facets of womanhood and to apprehend a more accurate truth of oneself.

Each silent encounter with the animal is unique. The animal is the initiator and the artist responds instinctively to its attitude, by becoming, in turn, domineering, sensual, protective or maternal. A way for her to completely let go and to get closer to these intimate dimensions of the being that Georges Bataille longs for.

Using the self-tamer, the camera witnesses these random reunions. The stolen images return the importance of these one-to-one moments, so close to an analytic confession.

In this series it is quite obvious that the photograph is not an end in itself.  Although it is the final step, the photograph takes us to a vaster territory. Far from being indecent, this intimate introspection that the artist is offering questions us directly. An image can be more than a simple invitation to look at it but it can also call us on. A genuine work of art shouldn’t be done to show off but to show it is in collusion with its subject.

« L’animal ouvre devant moi une profondeur qui m’attire et qui m’est familière. Cette profondeur, en un sens, je la connais; c’est la mienne. Elle est aussi ce qui m’est le plus lointainement dérobé. Je ne sais quoi de doux, de secret, de douloureux, prolonge dans ces ténèbres animales, l’intimité de la lueur qui veille en nous. »
George Bataille, Théorie de la religion

Circé la magicienne incarne bien cet archétype de la femme sauvage à la fois clairvoyante, terrifiante, sublime et transformatrice. Vouloir, par mimétisme avoué ou non, investir « la peau de la sorcière » c’est aussi se mettre en position de résoudre une énigme, en s’ouvrant à tous les visages du féminin, essayant ainsi d’appréhender une vérité de soi-même plus primaire. La rencontre avec les animaux se fait dans le silence; à chaque fois, un entre-deux sensoriel unique se met en place. Disponible aux propositions instinctives de l’animal, elle s’abandonne à être douce, fiévreuse, généreuse, dominatrice ou maternelle. Une façon pour l’artiste de retrouver sa dimension intime dans un rapport où l’échange n’a pas besoin de mots.

Grâce à la complicité aléatoire du déclenchement par le retardateur, les photographies sont les traces neutres de ces retrouvailles. Des images dérobées fixent un intervalle magique, insaisissable par l’œil, mais restituant la valeur de ces tête-à-tête si proche d’une confession analytique.

Il est clair que dans ce travail la photographie n’est pas une fin en soi. Si elle en est l’aboutissement témoin, c’est à un domaine bien plus vaste et ouvert que nous entraîne Marion Lefebvre. Loin de toute indécence, cette livraison d’une intimité, qu’elle s’est offerte pour elle seule, nous renvoie à nous-mêmes. Car une œuvre peut être autre chose qu’une simple invitation à regarder. Elle peut aussi susciter l’interrogation avec l’effort que cela suppose. Un vrai travail de création n’est pas fait pour se montrer intelligent, mais plutôt que l’on est en intelligence avec ce dont on parle.

Michel Dieuzaide, extrait du texte du catalogue d’exposition Galerie municipale du Château d’Eau -Toulouse