Nous Autres

 

Nous Autres 2006

This idea, which has been evident in Marion Lefebvre’s photographic work for many years, is the continual juxtaposing of the object of her lens and its environment to which he or she has exiled themselves. Eventually, the illusion takes place and the metamorphosis happens. One will find himself in the eye of a dog or the skin of a leopard, contemplating his own confusion. From the moment I began to study this series, a subdued Hitchcockian atmosphere has lingered with me; is it the birds? The cut-out shadow on some face, the pictorial inspiration, or is it the idea that a crime is hiding behind the apparent order of the composition? I finally unveil the nature of this strange and worrying feeling that I could not pin down before: an idea emerged between the animal pattern, or the living bird, and the human being who is pulled towards his “interior animal”. This avenue frightened me enough to deny it at first. For when I laid these images before my eyes they suddenly froze, staring at me and I saw the seams of a taxidermist’s work. There I was: in a gallery of stuffed animals, advancing both cautiously and fascinated. Aren’t they alive? They surely look life-like. It is what one always tells oneself to hide one’s own discomfort at the sight of a life frozen in time.

Bertrand Schefer

Nous Autres, 2006

Nous Autres est une série photographique produite dans le cadre d’une résidence d’artiste Artoiscomm, de janvier à juin 2006. Ce travail réalisé sur la commune d’Houdain, présente 19 portraits de ses habitants. Il a fait l’objet d’une exposition à la chapelle du château de Ranchicourt ainsi que d’une publication, co-éditée par Filigranes éditions / La pomme à tout faire.

« Cette idée qui traverse depuis plusieurs années les images de Marion Lefebvre : à force de juxtaposer, de vouloir embrasser l’autre exilé en son décor, la métamorphose adviendra : on se retrouvera dans l’œil du chien, la peau du léopard, contemplant notre propre effarement…Mais voilà que je tourne devant les 19 images et remarque enfin ce que je ne voyais pas encore : quelque chose d’étrange et d’inquiet (j’ignore pourquoi une impression hitchcockienne me frappe depuis le début – est-ce les oiseaux ? la découpe de l’ombre sur certains visages, l’inspiration picturale ? l’idée qu’on cache un crime derrière l’apparence ordonnée ?) mais maintenant je sais. Un troisième terme s’était glissé entre la bête désignée sur le motif ou l’oiseau vivant et l’humain qui tend vers son « animal intérieur ». C’est ce qui m’a suffisamment effrayé pour le refuser d’abord : car lorsque j’ai posé toutes ces images devant moi elles se sont figées d’un coup en me fixant et j’ai vu la dernière couture du taxidermiste. Exactement cela : une galerie d’animaux empaillés devant laquelle j’avançais, prudent et fasciné. Ne sont-ils pas vivants ? Ils en ont pourtant l’air, à s’y méprendre. C’est toujours ce qu’on dit pour masquer son inquiétude. Ce malaise du vivant arrêté. »

Extrait du texte « Autres oiseaux », de Bertrand Schefer